Quelques divergences de fond entre l’hypnose de l’Eïnophonie/thérapie et celle de Milton Erickson

Focus, par Bernard Sensfelder

Dans un entretien consacré à La rencontre entre le Souffle-Voix et une hypnose particulière, la question s’est à un moment posée sur la différence d’approche entre l’hypnose induite par l’Eïnophonie et celle d’Erickson. Bernard Sensfelder reprend et développe ici sa réponse en montrant à quel point elles divergent.

Nous n’avons rien à voir [en Eïnothérapie et Eïnophonie] notamment avec l’hypnose que l’on voit le plus couramment que l’on appelle Ericksonnienne. Quelles différences fondamentales y-a-t-il ? Milton Erickson est un grand monsieur de l’hypnothérapie, c’est un américain très centré sur la résolution de problèmes. Une notion extrêmement passionnante chez lui est qu’il n’y a pas d’approche valable pour tous les individus, mais qu’il y a à créer une thérapie pour chacun. Erickson faisait ainsi une thérapie différente pour chaque personne dont il s’occupait. En tant que tel, il était particulièrement génial et cette manière est tout à fait intéressante et inspirante.

Avec cette notion d’absence de méthode unique, il était loin de créer une « école » et loin de la notion de script. La notion d’ “hypnose ericksonienne” est donc absurde. Milton Erickson était initiateur d’une adaptation permanente à l’autre. Je pense qu’en fait il essayait par tous les moyens de réparer les personnages. Dans ce cadre, c’était un génie. Ainsi, c’était quelqu’un qui était aussi dans « agir », « faire », « construire ».

De manière géniale, il utilisait tous les outils à sa disposition afin de répondre à la demande du patient.

Là, trois divergences apparaissent :

La première est que ce n’est pas parce qu’il y a une demande qu’il est juste d’y répondre. En effet, la demande émanant à peu prés toujours du personnage [voir la différence entre la Personne et le personnage ici], elle est souvent l’objet d’un renforcement du personnage et donc des peurs et culpabilités qui l’ont constitué. Il s’agit d’une demande sur une modification de comportement. Rien ne dit que cette modification soit bonne pour la personne, elle peut même s’avérer paralysante. Qui sommes nous pour en juger ?

Mes collègues psychologues diront qu’ils laissent ce qu’ils appellent l’inconscient décider, sauf qu’ils oublient qu’ils se situent sur des stratégies comportementales et non sur les causes profondes des comportements. Donc, je ne me situe pas dans la réponse à la demande, mais dans la révélation de ce qui se tapit derrière la demande et la mise en condition de la possibilité d’un avènement de la personne. Cette ouverture sur la personne rendra la demande initiale obsolète.

La deuxième divergence tient à l’idée que, selon Erickson, tous les moyens sont bons si l’objectif est respectable. Je ne le crois pas, je pense que les moyens utilisés doivent s’inscrire dans un cadre éthique rigoureux. En tant que tel je rejette toute forme de prise de pouvoir sur l’autre et toute forme de manipulation. Même si cela semble plus pratique et plus rapide pour arriver au résultat. Je m’inscris dans la réalisation d’un dispositif et non d’une action. Ainsi, le patient garde une sorte de contrôle tant que cela est nécessaire. Bien entendu il n’y a jamais de manipulation, mais une conscience aiguë de l’influence réciproque liée à l’existence de la relation.

La troisième tient à l’importance de faire pour aider l’autre, qui est très sensible chez Erickson. Le principe de base qu’à développé Roustang est exactement à l’opposé, en gardant toutefois la notion de singularité de l’individu – et donc l’aspect intuitif et créatif de l’hypnose adapté à la personne. Sauf qu’en ce cas, il s’agit de faire disparaître le personnage au profit de la personne. Avec Roustang, avec l’Eïnothérapie, la notion de base est « ne rien faire » pour permettre au Corps, à la personne, de laisser quelque chose se faire. En tant que tel, le thérapeute est là pour permettre que rien ne soit fait par intention pour que tout puisse se faire sans agir. Il doit se mettre lui-même dans un état favorisant cette ouverture, permettant ainsi à l’Être qui est présent de se manifester et, enfin, d’investir son propre corps, de se libérer de ses entraves. Tout cela, sans rien faire, c’est-à-dire que les choses se font spontanément, parce que cela peut se faire, les conditions étant réunies.

Donc, là, on est avec l’Eïnophonie dans un mode d’hypnose extrêmement particulier qui n’a rien à voir avec ce que l’on a l’habitude de voir. On laisse le corps faire, et tout ce qui est mental, imaginaire, comportement, on ne s’en occupe pas.